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Je viens juste de partager cette réflexion sur Twitter : ...Et je voudrais bien aller un peu loin dans l'anecdote. Car s'il est bien un espace dans lequel nous partageons tous potentiellement les mêmes affres quotidiens dans nos activités, c'est celui-ci. Nous nous y retrouvons entre experts et passionnés qui ne pouvons nous offrir le luxe de refuser la consultation, qui vire parfois au don de soi dans les phases de réponses à appels d'offres par exemple (mais pas seulement). (la suite ci-dessous plus bas)
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Location : Dans les studios de Webcastory
Format : Talkshow
Treatment : Debate
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Je viens juste de partager cette réflexion sur Twitter :

...Et je voudrais bien aller un peu loin dans l'anecdote.

Car s'il est bien un espace dans lequel nous partageons tous potentiellement les mêmes affres quotidiens dans nos activités, c'est celui-ci.

Nous nous y retrouvons entre experts et passionnés qui ne pouvons nous offrir le luxe de refuser la consultation, qui vire parfois au don de soi dans les phases de réponses à appels d'offres par exemple (mais pas seulement).

(la suite ci-dessous plus bas)

Keywords:  Small Business Act
Related expertises:  entrepreunariat

Ce billet ayant quant à lui valeur d'anecdote, mais aussi, pourquoi pas, valeur de référence(ment) : peut-être sera-t-il l'une des sources utiles d'un mouvement émergent vers une guerre d'influence qu'il nous faudra bien gagner. 

Peut-être pourrons-nous alors partager plus avant, notamment en compagnie de syndicats professionnels.

Car il y a en France 97,5% d'entreprises de moins de 10 salariés, parmi lesquelles une proportion absolument écrasante d'indépendants. On en parle trop peu : dans les médias, on traite principalement des entreprises et des start-ups innovantes. Bien sûr, elles nous offrent des signaux. Mais le limon de l'économie ce sont ces artisans et ces indépendants dans leur écrasante majorité.

De surcroît la véritable précarité n'est pas forcément celle qu'on médiatise : elle n'est peut-être d'ailleurs pas même la plus prégnante du côté de ceux qui ont la possibilité de s'investir dans des mouvements sociaux. Les artisans et les petits indépendants ne peuvent s'offrir le luxe d'y participer.

La vraie précarité est du côté de ceux qui n'ont pas même voix au chapitre, du simple fait qu'il leur soit impossible de s'organiser pour se manifester dans la rue : leurs causes ne s'y prêtent guère (isolement, image en France du patron en général, qui dessert les petits patrons), leurs causes leur semblent peut-être même un peu honteuses et c'est cela le plus alarmant en fin de compte.

Les indépendants, en compagnie des petits patrons et consultants, viennent de rejoindre, temps de crise obligent, les rangs annuels des suicidés parmi lesquels prédominaient les agriculteurs.

Une quantité assez considérable d'articles, en 2013, mentionnaient qu'un agricultuteur tous les deux jours se suicidait en France.

Ils sont désormais à part égale avec les indépendants et petits patrons.

Ils sont presque oubliés, dans leur statut de victimes collatérales de la crise, dans la mesure où, sans rien enlever aux difficultés des autres couches de la population, ni aller sur le terrain macabre de la mise en compétition des souffrances des uns par rapport aux autres, les patrons aussi petits soient-ils restent dans les recoins enfouis de l'inconscient collectif, des ennemis de classe.

Or, "lors d'un récent entretien, Geoffroy Roux de Bézieux a déclaré "qu'un patron de PME se suicide tous les deux jours"Difficile d'aborder le sujet sans avoir l'air de dramatiser, il n'en reste pas moins que la pression fiscale n'explique pas tout, la crise non plus.

Je serai un peu provocateur en disant qu'à mon sens (celui, très subjectif je l'admets volontiers, d'un type ayant passé 5 ans de sa vie professionnelle à travailler sur un marché international, pour se faire une idée sur les différences de mentalités d'un pays à l'autres sur des sujets business similaires), à mon sens disais-je, l'un des vrais problèmes est ancré dans notre formatage collectif et culturel, de par l'imprégnation des effets pervers de l'Etat providence.

C'est quelque chose de très complexe à circonscrire, et en ce sens je serais ravi d'inviter des experts, sociologues, philosophes à partager leurs analyses en plateau TV (ce qui serait ma contribution).

Notre culture de l'aide sociale, qui laisse une empreinte profonde sur nos mentalités au point de nous avoir très tôt accoutumés à l'impression que beaucoup de choses nous étaient dues, explique selon moi que beaucoup de gens soient littéralement des handicapés de la négociation commerciale, qu'ils soient complètement inhibés dès qu'il faut parler franchement de survie, et donc d'argent.

Nous avons une fine culture de l'engagement, nous acceptons aisément le débat, nous sommes experts, imaginatifs : mais il n'est pas rare que nous ayons un peu de mal à sortir de ce déni-là, qui explique tant de choses et notamment aussi l'impasse politique que présente pour un gouvernement la nécessité d'annoncer ne serait-ce que l'effritement de certaines contributions sociales. Car nous sommes depuis longtemps dans la confusion entre leur pertinence (le principe est louable, et l'utilité de la plupart des disposiifs sociaux n'est certes pas à démontrer), et la réalité de leur supportabilité pour l'économie (là, c'est le déni, et...nous vivons au-dessus de nos moyens).

Etrangement, la solidarité sociale à la française ne génère pas tant la confiance que la suspicion. 

A richesses égales rappelaient pourtant Adam Smith, les pays qui se développent le plus vite sont ceux où la confiance est la plus solide, où l'on peut faire des affaires sans que la défiance ne soit un fastidieux paramètre à gérer.

La crise des subprimes c'est surtout une crise de confiance, on ne le rappelle pas suffisamment : nous sommes entrés dans un marché financier si dérégulé, que sous prétexte d'adhérer à la notion capitalistique de marché "complet", tout doit pouvoir s'échanger, et notamment des titres toxiques qui misent sur l'échec. Imaginez que vous puissiez bénéficier d'une assurance sur une maison qui n'est pas la vôtre, que cette assurance, vous puissiez en bénéficier plusieurs fois, et que par-dessus le marché, si vous aviez contribué à mettre le feu à ladite maison, cette assurance vous soit versée... à vous, et pas à son propriétaire. C'est ce qui est possible dans un marché comme celui dans lequel nous vivons. Conformément à la théorie du mille-feuilles en finance, les portefeuilles de titres sont organisés en couches qui, sous les produits financiers séduisants, dissimulent plus ou moins habilement des produits toxiques qui misent sur les diminutions de valeurs. Depuis le début de la crise des subprimes, des mesures ont été prises pour limiter l'apparition de produits de ce type.

Mais en 2007, Goldman Sachs continuait à vendre des produits financiers comportant des subprimes, à ses propres clients, tout en prenant des positions contre ces titres.

Je vous recommande de lire l'excellent ouvrage de Gaël Giraud, l'Illusion Financière, qui explique simplement et brillamment ces mécanismes.

Mon point au travers de cette parenthèse est le suivant : la pire crise que nous traversons est celle de la confiance. Quand le président de la République lui-même, ou des patrons de grandes banques discutent affaires avec de grands financiers, derrière les déclarations d'intérêt commun, chacun sait qu'il s'adresse peut-être à une institution qui prend des positions contre son pays (voir ce qui est arrivé à la Grèce du fait de ces contre-positions), ou contre la banque d'affaire dans son ensemble.

Que se passe-t-il à plus modeste échelle ? 

Un phénomène de capillarité, d'abord. Une crise qui touche les USA, puis les grandes institutions bancaires, se propage vers toutes les couches de la société.

Combinez cette crise de confiance généralisée avec les attentes déraisonnables de beaucoup de professionnels ayant su, de longue date, accéder à des postes à haut potentiels, des postes de décision : vous avez en bout de chaîne alimentaire les petits sous-traitants dont la situation gagne en précarité à mesure que les budgets sont diminués.

Et ces mêmes décideurs, souvent issus de grandes écoles dont les réseaux relativement puissants assurent pérennité et protection, sont tellement préservés de ce type de précarité, tellement déconnectés du risque de tout perdre (même si cela ne va manifestement pas durer), qu'ils continuent leur travail totalement inconscients de cette massive destruction de valeur en maintenant les petits sous-traitant dans leur précarité en négociation. Encouragés en cela par l'absence d'un Small Business Act que même les USA ou encore le Brésil ont su imposer avec succès, pour limiter les dégâts sur leurs entrepreneurs en temps de crise.

Les crises ont néanmoins ce formidable avantage qu'elles sont sources de renouveau. "Crisis" en grec, c'est la décision. On parle souvent de crise en faisant la confusion avec ce qui la précède, le marasme annonciateur.

Il me semble que nous sommes dans une crise "parfaite", au sens où elle force le changement : jamais les entrepreneurs n'ont été à même de transformer à ce point la société. Le "collaboratif" tend à réinventer les modèles économiques et les chaînes de valeurs : déstabilisant ainsi les acteurs industriels traditionnels. La singularité des acteurs économiques supplante à son tour la logique uniformisante des marchés, qui a explosé pendant les Trente Glorieuses à tel point que jamais, les outils permettant de micro-manager la Relation et l'Expérience Clients n'ont été plus puissants, et gagnent exponentiellement en pertinence.

Avouons-le, nous commençons tous à nous sentir de plus en plus uniques comme consommateurs, mais aussi comme individus, dont les médias sociaux valorisent la singularité. Et c'est bien ainsi.

Mais dans ce contexte macro, créer de la valeur à l'échelle micro d'une petite activité à dimension artisanale devient une gageure.

Les consultants indépendants, aussi perspicaces soient-ils dans leur capacité à appréhender, décrypter les enjeux de ce nouvel environnement économique, sont rares à obtenir gain de cause face aux départements achats des grandes organisations : ils sont généralement exploités comme main d'oeuvre d'appoint, fortement précarisée, par les mêmes grands fournisseurs qui n'ont eu d'autres choix que d'optimiser leurs coûts en licenciant quelques années plus tôt.

Si je passe par toutes ces étapes de mon raisonnement, c'est pour bien souligner la complexité de la situation, et décrire les symptômes d'une sclérose, aggravée par un état de fait culturel contradictoire et conflictuel : l'entrepreneur qui se plaint n'est jamais populaire. Tout juste quelques émissions racoleuses ou articles catastrophistes nous confrontent-ils à leurs drames, quand il est sensationnel d'exposer leurs points de non-retour.

Pour exister, le petit patron, le petit consultant, doivent, principalement dans les métiers intellectuels, séduire en offrant d'abord beaucoup, pour convaincre : et pour ce faire, ils doivent parvenir à positionner le curseur douloureux du gratuit versus payant au beau milieu de ce processus de séduction subtil.

Tous les consultants abondent en anecdotes de réponses à appels d'offre qui ne furent que consultations déguisées (et donc gratuites).

Plus choquant, même : un de mes camarades de jeu (rencontré professionnellement) m'a littéralement ulcéré en m'avouant avoir lancé des consultations pour des missions de direction sans jamais avoir eu la moindre intention de retenir qui que ce soit, faute de budget : mais simplement dans le but de recevoir de recevoir des recommandations de consultants susceptibles de lui donner des idées... 

Cette précarisation croissante est ainsi à mon sens aggravée par le snobisme inconscient de catégories de décideurs sur-protégés qui ne prennent pas pleinement la mesure de la destruction de valeur à laquelle ils participent avec une étonnante placidité, parfois.

La difficulté très franco-française d'aborder la question de l'argent dès l'amorce d'une consultation rend la situation encore plus insupportable. Quiconque n'a pas comme moi vécu à cheval sur les deux continents ne peut saisir le plaisir absolument plus coupable du tout que l'on peut ressentir, comme une sorte de soulagement, quand on parle "straight-forward" business avec des américains, et qu'on s'annonce dès les premières minutes d'un rendez-vous les tarifs et les chiffres là où les latins le repoussent hypocritement à plus tard dans un apparent souci d'élégance.

Comme un soulagement. Nous avons cette subtile tendance à nous croire au-dessus des questions d'argent, surtout quand nous avons affaire à nos fournisseurs. C'est un travers qui fait d'étonnants dégâts.

Les petits ne sont pas "faits" pour s'enrichir : agriculteurs ou consultants indépendants, micro entreprises, il vous est de plus en plus difficile de justifier un devis honorable, il vous faut vous excuser de chercher à bien gagner votre vie sans prétendre faire partie de la nouvelle aristocratie économique.

J'ai vécu un échange ubuesque avec un directeur des achats dans un grand groupe français de télécommunications qui éructait en rendez-vous : "comment, 11% de bénéfice ça ne vous semble pas un peu trop ?"

Alors voilà, j'en suis arrtivé à la conclusion qu'à notre modeste échelle nous pouvions juste nous contenter de commencer par (beaucoup) partager, pour mieux apprendre à dire non.

Je suis confiant dans notre capacité à provoquer le changement.
Nous n'en avons quoiqu'il en soit plus le choix.

Si vous avez des propositions, des leviers d'action, je suis preneur : ce n'est plus telle ou telle classe d'agents économiques qu'il faudrait protéger, ce qu'il faut décomplexer et mettre aussi simplement au goût du jour que ne le font les plateformes de partage, c'est la négociation.

Quand la négociation est inhibée, honteuse, tous les malentendus sont permis, et le marché reste imparfait.

Nous avons besoin d'ambassadeurs pour le redire.

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  • Comment from Fabienne Billat: trouve ce sujet : Excellent !je suis concernée, et j'ai de l'expérience !! Comment from : Quelques questions que ça m'inspire : 1) La fin du gratuit : quelle fin du gratuit, ou la fin de quel gratuit ? N'y-a'il pas du gratuit nulle part, et partout ?2) ce qu'il faut décomplexer et mettre aussi simplement au goût du jour que ne le font les plateformes de partage, c'est la négociationEt derrière la négociation, il y a quoi ? La négociation, pour quoi ? (i.e. le directeur des achats de ton exemple, ne négocie-t'il pas lui aussi, précisément ?)3) Et une remarque... "La difficulté très franco-française d'aborder la question de l'argent". Entre ceux dont la pensée et la force conceptuelle volent tellement haut qu'elles ne sauraient que s'abaisser à s'enseigner aux autres, mais certes pas entrer dans des discussions oiseuses et plus anxyogènes que congruentogènes sur la portée systèmo-capitalistique de l'apparition magique de leur revenu mensuel ; et ceux dont les qualités intrinsèques de surhomme preneur de risque méritocratico-libéral est telle que leur premier et continuel soin est de s'assurer par une multiplicité de parachutes socio-comportementaux que toutes les portes sont bien ouvertes autour d'eux avant de bruyamment les enfoncer à grand renfort de feux d'artifice auto-congratulants pour démontrer qu'ils n'ont besoin de personne pour gagner le leur, on ne voit pas bien pourquoi il serait nécessaire de parler d'argent. Non mais allo, quoi. On est le peuple des Lumières ou on ne l'est pas.